06 août 2009
Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. Cette publication (communication) n'engage que son auteur et la Commission n'est pas responsable de l'usage qui pourrait être fait des informations qui y sont contenues.
Entrez, faites comme chez vous =)
S’en aller découvrir un pays inconnu, c’est comme avoir envie d’explorer le jardin de son voisin. . Nous passerons la frontière prudemment, consciencieusement. En tête, une idée plutôt floue de ce qui se trouvera derrière. Quand nous y serons, c’est un autre monde qui s’ouvrira à nous. Désormais nous marcherons sur un domaine où nous ne sommes pas maîtres. Nous verrons des choses « normales » comme les voitures ou les parapluies (quoique peut être pas au Sahara), et des choses « bizzares ». Vous avez dit bizarres ? Bizzares pour nous. Bizarres, curieuses, inconnues, étrangères…étrangères à notre culture. Des choses auxquelles nous nous habituerons et que nous comprendrons avec le temps. Rien de tel parfois qu’une personne native pour nous expliquer le pourquoi du comment de son pays.
De l'usage et du contenu de ce blog...
Ce blog s’adresse aux jeunes et moins jeunes, aux curieux, aux futurs explorateurs, à celles et ceux qui ont des fourmis dans les jambes, ou qui s’interrogent sur la différence, la culture, l’intégration. Il a pour but de vous présenter quelques aspects de ce que nous appellerons « l’immersion en culture étrangère », c'est-à-dire le fait de séjourner à l’étranger en étant réellement plongé dans la culture locale. Une expérience excitante et très enrichissante humainement, dont on se souvient toute sa vie sûrement.
Beaucoup de texte, je vous l’accorde, et pour faciliter la lecture les rubriques sont à votre disposition.
Alors, par quoi on commence?
Tout d’abord, qu'est-ce que l’immersion ? communiquer, s’habituer, comprendre les réactions et comportements… cela en se basant sur des témoignages d’anciens volontaires européens (programme SVE) et d’étudiants ayant effectué une partie de leurs études à l’étranger.
Puis je vous propose une petite excursion dans le monde de la culture : j’ai une culture, laquelle ? -pourquoi les autres n’ont-ils pas la même ? Nous y parlerons de patois, de bisous, de polyphonies corse, de baguettes et de fourchettes...
Enfin, vous trouverez des infos sur le Service Volontaire Européen, de quoi il s'agit, où se renseigner? Et un bref aperçu des programmes Erasmus, Leonardo Da Vinci, les chantiers de jeunes…bref, des opportunités pour partir à l’étranger autrement.
Beaucoup des exemples donnés se basent surtout sur mon expérience en Pologne, ils n’ont en aucun cas la prétention d’énoncer des vérités universelles. Je tiens également à signaler que pour traduire les témoignages écrits en langue de Shakespeare, je prend soin de conserver le plus fidèlement possible la pensée écrite de l’auteur.
N’hésitez pas à laisser vos commentaires, vos témoignages, vos questions.
Dans l’éventualité où il viendrait à certains l’idée de diffuser des propos ingrats, racistes ou autres bêtises, fruit de la pensée humaine certes mais vraiment pas folichonnes, je vous suggère de passer votre chemin.
bon voyage! =)
08 août 2009
Vivre l'immersion: introduction
Voyager, c’est découvrir. Découvrir, c’est aller vers l’inconnu. Et forcément, cela implique que le voyageur ne sache pas toujours où il met les pieds. Langue inconnue, incompréhensible, rythme de vie différent. Nous avons beau nous renseigner à l’avance avec les guides touristiques, en farfouillant un peu sur le web, nous savons que c’est seulement pendant le voyage que nous découvrirons vraiment la culture étrangère.
Lorsqu’il s’agit de voyager simplement en touriste, quelques semaines, les principaux problèmes qui se posent sont en général l’hébergement, la sécurité, comment dit-on bonjour, merci, excusez-moi, les lieux à visiter absolument, l’eau potable, la nourriture et les souvenirs.
Quand on prévoit un temps de séjour plus long, durant lequel on va étudier, travailler, ou encore s’impliquer dans une quelconque activité bénévole ou volontaire, d’autres questions vous viennent à l’esprit. Vais-je m’habituer au rythme de vie ? Vais-je me faire des amis ? Arriverai-je à apprendre rapidement la langue ? Que ferai-je si j’ai un probleme et que mon interlocuteur ne parle pas anglais ? Vais-je me retrouver SEUL ??
Outre les difficultés matérielles comme l’hébergement, les principale inquiétudes sont la communication et l’intégration. Pouvoir communiquer avec les gens, tisser son réseau de connaissances, être accepté même si notre nationalité et différente… Cela demande un peu d'efforts et beaucoup de temps.
la langue
Quand la langue est une barrière, certes elle ne facilite pas la communication. Pourtant, tenter d’entrer en communication avec un étranger peut s’avérer très sympathique voire même rigolo. Pour l’autochtone comme pour l’étranger. Parce que c’est une situation insolite, où on fait de son mieux pour comprendre et se faire comprendre, on apprécie l’aide de l’autre, on finit par rire et remercier plus chaleureusement que d’habitude.
Tenter de communiquer avec la personne, même avec difficulté, c’est peut-être la chose primordiale pour s’intégrer. Avec des mots de base, des gestes, des dessins griffonés sur un bout de papier, il faut établir le contact. Et si les deux interlocuteurs trouvent la situation compliquée mais amusante, c’est un début d’intégration.
Il peut être très fatiguant de s’exprimer en permanence dans une langue étrangère les premiers jours. Cela peut demander de gros efforts à chaque phrase prononcée ou perçue, normal car nous nous concentrons beaucoup !
Parfois c'est même l'alphabet qui change...Aéroport de Skopje, en Macédoine:
Il est plus facile d'apprendre la langue en immersion car nous prenons l'habitude d'entendre la langue parlée. L'oreille s'entraîne à différencier les sons, la prononciation s'aiguise grâce à l'écoute, et on acquiert plus vite une certaine aisance à l'oral même si le vocabulaire reste limité et les phrases relativement simples.
Et si vraiment vous craignez de ne pouvoir vous exprimer, dites-vous que "la seule barrière de la langue... c'est les dents!" (Gad Elmaleh)
Premiers essais de communication...
"I decided to wait out the first downpour in a small café. The woman behind the counter had fashionable glasses. She owned three small dogs which sat in a basket beside the liquor bottles. She greeted me loudly and said something like: “Bonjour mademoiselle! Qu’est-ce que vous preferez aujourd’hui?” I walked up to the bar and said timidly, “Je voudrais…um…une sandwich.” She squinted her eyes, leaned forward and said, “Pardon?”
-Une sandwich
-Une sandwich? Qu’est-ce vous voulez dans ta sandwich? Du jambon ?
-Qu’est-ce que vous avez ?
-Nous ne préparons pas les sandwiches en avance. Vous devez me dire ce que vous voulez.
-Du jambon ?
- Vous voulez du jambon ?
- Oui, merci.
The man who was sitting at the bar chuckled and mumbled something about Americans. I walked over to a table in the corner. The sandwich the chef brought out wasn’t what I expected. It was half a baguette sliced in two with butter and ham. It was very plain but very filling and probably contained the tastiest ham I’ve ever had."
Michelle, 22 ans, étudiante canadienne en France
09 août 2009
Ils en parlent ...
Özlem (Turquie) : I did not have any problems to keep in touch with local population because most of them knew English so whenever I that I was stuck in the middle I used English but most of old people did not know English so when we could not understand each other we used body language.
Pierre (France) : J’ai tout d’abord essayé en anglais. Mais j’ai vu que mon anglais n’est pas aussi bon que je le pensais. Donc la seule personne capable de comprendre l’anglais dans la famille ne comprenait rien. Peu à peu j’ai donc appris le polonais . Après j’étais capable de communiquer un peu avec quelques mots polonais, mais les gestes restaient le principal moyen de communication.
Kukka (Finlande): « Well. With other volunteers it was easy : we all spoke English and were in the same situation. And about the languages, I haven’t met that many people who wouldn’t speak any English here. […] And my body language improved in the situations when my Polish was not enough!”
Matthias (Allemagne): In the end I felt completely at home, I had lots of good contacts with both volunteers and local people, I was able to communicate in Polish and it was really hard to leave.
Ma p'tite note (1)
Ma ptite note :
En faisant les courses il m’est arrivé de tomber sur des épiciers ou épicières qui soupirait et levaient les yeux au ciel alors que je m’escrimais à demander du pain-non-tranché-s’il-vous-plait-madame-merci-au revoir. Ceux là, je n’ai probablement plus jamais remis les pieds chez eux. Ça, c’était à mes débuts. Par la suite, en ayant quelques notions, j’ai eu droit à des sourires…nombreux. Probablement les gens rigolaient un peu de ma difficulté à prononcer la langue, mais j’ose espérer que ça leur a fait un peu plaisir de voir une touriste tenter de s’exprimer dans leur langue. Surtout qu’en France, nous prenons rarement le polonais en LV1 :D . Quelques fois, certains ont des notions d’anglais. Enfin pas beaucoup. Il y a aussi ceux qui corrigent vos fautes, ceux là ce sont mes préférés. Ils ne grognent pas et nous filent un coup de main. Il y a aussi celui qui capte tout de suite que tu n’ es pas du coin. Très sympa il te demande d’où tu viens et il dit à son pote « ahah, francuska ! », un sourire en coin. Du coup je me suis demandé quelle réputation avaient les françaises…Et puis après plusieurs mois, je dirais 4 ou 5, je parvenais à faire mes courses sans me faire griller si je puis dire. Je comprenais les formules d’usages, les nombres, cela suffisait en général. Et hop la touriste, ni vue-ni connue ! =)
S'intégrer: le contact
« J'ai beaucoup d'amis là bas maintenant, ainsi qu'une seconde famille! Cela peut paraître exagéré à première vue, mais ça ne l'est pas. Ça ne peut pas trop être expliqué, c'est comme ça. Les gens le font ressentir et le montrent. Et puis je me sentais très bien dans ce village entourés de ces gens. Peut être même mieux que dans mon propre village, ou les gens se connaissent seulement entre membres d'une même famille."
Ma ptite note (2):
J’ai eu une amie qui venait de Hong-Kong pour étudier à l’université une année en France. Il y avait d’autres jeunes hongkongaises à l’université. Mais elles restaient en permanence entre elles. Je comprends que le dépaysement puisse être énorme quand on vient de si loin, mais en essayant de passer du temps avec des français, leur année leur aurait été d’autant plus profitable. Mon amie était d'un autre genre: très curieuse, elle aimait voyager, partait régulièrement vadrouiller seule en Europe, et rencontrait beaucoup de gens. Elle participait pleinement à la vie de notre résidence universitaire. Du coup elle a passé beaucoup de temps avec des personnes anglophones, et aussi francophones. Elle est même venue fêter Noël dans ma famille et a laissé un très bon souvenir à tout le monde.
Gros bisous YY ;)
Selon le contexte, l’entourage et la personnalité de chacun, l'intégration est plus ou moins rapide. Elle implique un contact, des efforts de communication, aussi une certaine tolérance et de la compréhension et du respect.
S’intégrer passe inévitablement par un contact avec la population locale. C’est en communiquant, en côtoyant les personnes qu’on peut s’intégrer. Avoir une activité qui nous met directement en relation avec les gens du pays aide beaucoup.
Pierre a passé 6 mois dans un village en Basse-Silésie, hébergé par une famille polonaise et il n’y avait qu’une seule autre volontaire dans le même village. Tout favorisait les contacts avec la population locale :
Il est plus bénéfique pour l'intégration de passer beaucoup de temps avec la population locale plutôt qu’en restant en permanence avec des gens de notre nationalité ou avec un groupe multiculturel.
S'intégrer: accepter la différence
S’intégrer, c’est aussi savoir faire face à une confrontation des valeurs. Je vous renvoie à la rubrique « Culture et identité » : souvenez-vous de la partie cachée de l’iceberg… Les valeurs, les notions de danger, de justice, de beauté, d’honneur… Ce sont des différences parfois difficiles à faire cohabiter. Les comprendre, les tolérer, et les accepter n’est pas toujours simple.
Je doute que nous puissions prétendre changer nos valeurs, même en séjournant très longtemps à l’étranger. Notre éducation nous donne des valeurs dès notre plus jeune âge, elle nous paraissent « normales », il nous arrive de les remettre en question, peut-être sommes-nous capables de les moduler un peu, mais probablement nous les conservons jusqu’à notre mort.
Comment s’intégrer dans un pays étranger si nous ne parvenons pas à redessiner nos valeurs ?
Tolérance et compréhension devraient être notre devise. Il faut réussir à rester serein, accepter d’avoir ses propres valeurs et tolérer celles d’autrui, garder en tête qu’ il n’existe de pas de « valeur meilleure » ni de « vraie valeur ». Il n’y a pas non plus de culture meilleure qu’une autre.
Özlem, 26 ans de Turquie et volontaire SVE en Pologne durant 7 mois nous dit :
« Although I love Poland a lot, I did not feel assimilated because I had my own culture and own customs. Although we have lots of things in common, we have differences. So I preferred to introduce my own culture and country rather than assimilating to polish culture” T
Traduction pour les non-anglophones : « Même si j’aime beaucoup la Pologne, je ne me sentais pas intégrée parce que j’ai ma propre culture, mes propres coutumes. Même si nous avons beaucoup de choses en commun, nous avons des différences. Je préférais donc présenter ma culture et mon pays plutôt que de m’intégrer à la culture polonaise ».
Özlem ne cherche pas à changer sa façon d’être, ses valeurs, parce qu’elle sait qu’il serait très difficile de changer l’identité culturelle qu’elle porte en elle. Elle préfère se montrer comme une fille turque et présenter sa culture, tout en respectant la culture polonaise.
L'adaptation à une culture mène aussi, à long terme, à un phénomène d'ambivalence: nous devenons capables de vivre avec notre propre culture dans une culture différente.





